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L'auteur de ce livre dévoile sans pudeur le défaut qui lui a gâché
la vie jusqu'à présent: sa radinerie. Ce n'est pas une radinerie
ordinaire qui empoisonne les moindres actions de l'auteur, c'est une
radinerie qui se double de cleptomanie et de compulsions d'achat...
Dès l'enfance, l'auteur, issue d'une famille bourgeoise moyennement
aisée, vole. Elle chaparde dans les magasins, y acquiert
"gratuitement" ses fournitures scolaires et quantités de bonbons.
Avec une copine, elle explore les poches des manteaux de ses
camarades de classe. Un jour, son amie, sans le savoir, dérobe 50
francs à une gamine pauvre pour qui cette somme représente les
économies d'une année. De tels actes s'accompagnent après coup d'une honte
brûlante, qui n'empêchent pas l'auteur de recommencer, jusqu'à l'age
adulte, alors qu'elle est déjà reconnue en tant qu'écrivain...
Pour elle, sortir le portefeuille s'accompagne de grincements de
dents et de remarques acerbes à ceux qu'elle tient pour responsables
de ses dépenses: au restaurant, elle ne paie que sa part. Rarement
capable d'offrir un repas (même s'il y a des circonstances où
elle met un point d'honneur à le faire sans rechigner), quand le
partage de l'addition l'oblige à laisser sur la table une somme qui
représente plus que
sa consommation, celle-ci lui reste en travers de la gorge.
Pourtant, elle achète souvent avec frénésie... dès qu'elle a
l'impression de faire une bonne affaire. Telle une fourmi, elle
stocke, prévoyant des cadeaux dont les destinataires ne sont pas
encore bien définis au moment de l'achat. Porcelaines ébréchées de
seconde main, vases kitsch mais acquis à bon prix..., ses amies
les reçoivent à l'occasion, tous ces trophées de sa pingrerie, et
lui font comprendre qu'elle exagère...
Lucide l'auteur l'est: elle n'ignore rien du mécanisme qui se met
en place dans sa tête et qui l'oblige à agir avec petitesse.
D'ailleurs elle préférerait donner sans compter: elle admire les
gens généreux, ceux qui offrent sans sourciller, et se délestent de
leur argent sans
effort apparent. Elle adorerait leur ressembler. Seulement voilà, on
ne se refait pas... Écrire est pour l'auteur la consécration de sa
radinerie: elle recycle ses émotions, ses expériences... pour de
l'argent!
Ce petit ouvrage sans complaisance, impudique et voyeuriste, est
assez intéressant. On a tous connu des gens pingres, et cette
confession nous permet de comprendre ce qui se passe dans leurs
têtes. On découvre que cette pulsion, comme toute névrose, n'est
pas facile à combattre. Un livre vite lu, sur un sujet pas souvent
abordé à la première personne, et avec une telle franchise...
Un conseil: N'achetez ce livre que si vous n'êtes pas radin: il
est très court (138 pages) et quand même assez cher!
Note:    
© Discussing Books, 23 avril 2004
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