| Au
Pays de Dieu nous éloigne un peu de Douglas Kennedy tel que nous le
connaissons, l'auteur de romans nous présentant des personnages de
divers milieux qui vont connaître une descente en enfer, et une
remise en question de toute leur existence. Au Pays de Dieu nous
éloigne un peu de tout ça, mais pas tant que ça finalement... Dans ce
récit de voyage, Kennedy part à la rencontre de ces gens qui, du jour
au lendemain, ont bouleversé leur existence parce qu'ils ont "trouvé" Dieu,
des gens qui ont tout quitté: leur famille, leur travail et leur
milieu, pour suivre l'appel de Dieu. Kennedy est parti explorer la
"ceinture de la Bible"; ces états du Sud qui pour les "Yankees"
comme Kennedy (qui est en plus un Yankee exilé, puisqu'il vit et
vivait déjà à Londres lors de son périple), représentent un peu un
autre monde.
Dans son voyage, Kennedy rencontre toutes sortes de Chrétiens
convaincus: des prédicateurs itinérants pauvres, des
télévangélistes richissimes, des gens qui pensent que Dieu les a
aidés à sortir de la misère, et d'autres qui croient dur comme fer
que leur mission est de propager la Bonne Nouvelle. De son point de vue d'athée convaincu, Kennedy analyse le
phénomène avec humour et objectivité, et avec un souci de fournir un aperçu complet
du phénomène: ainsi, de congrégation en congrégation, d'interviews
en écoute de radios chrétiennes, et même en se rendant à des
concerts de Heavy Métal qui rendent gloire, non au rock'n'roll, mais à Dieu, Kennedy fait le
tour d'une question qui ne peut qu'inquiéter, d'autant plus quand on
songe que le livre a été écrit en 1989, et que le phénomène n'a fait
que prendre de l'ampleur depuis lors, pour culminer suite à l'élection de
Bush au gouvernement (Kennedy en rend compte dans l'avant-propos
ajouté en 2004).
Car ce dont on prend conscience avec le livre de Kennedy, c'est
que si certains des Chrétiens prennent le message du Christ comme il
devrait être pris (comme un message d'amour), pour beaucoup il est
prétexte à
l'intolérance, l'étroitesse d'esprit et la volonté d'imposer à tous
une pensée unique. Et l'on se rend compte que l'intégrisme n'est pas
seulement l'apanage de ceux que les Etats-Unis considèrent comme
l'ennemi, mais qu'il est bien implanté au sein de la société
américaine, et qu'aussi (ce dont Kennedy ne parle pas), comme toutes
chose made in USA, il s'exporte...
Note:   
© Discussing Books, 2 novembre 2007
|